HISTOIRE DE
L'ASTROLOGIE INDIENNE

©Jacques Halbronn
Ayanamsa N° 18 Juin 2000.

Navigation :  Revenir au site de la FAS 
Revenir au sommaire "Articles"   Télécharger l'article
http: www.ifrance.com/FAS/

"Ni un millier d'éléphants, ni même quatre fois ce nombre de chevaux ne pourraient accomplir la tâche d'un seul astrologue qui sait les effets du temps et du climat" (Varahamihira / Brihat Samhita Ch II Stance 20)
Une astrologie cousine.
Si l'on désire fonder une réflexion sur les structures de la pensée astrologique, il faut disposer d'abord d'un éventail aussi vaste que possible des diverses manifestations de cette tradition. Or, l'astrologie qui s'est développée en Inde diffère, en de très nombreux points, de celle à laquelle nous nous sommes habitués en lisant les œuvres de Ptolémée, de Morin de Villefranche, voire d'Abraham Ibn Ezra.
Le dépaysement ne consiste plus, comme ce pouvait être le cas à l'occasion d'une confrontation avec un texte du XIIe siècle, dans un retour en amont du fleuve, dans un certain archaïsme aux contours encore familiers ; il s'agit là, on s'efforcera de le démontrer, d'une systématique tout à fait étrangère au savoir de l'astrologue occidental d'aujourd'hui.
Néanmoins, l'astrologie indienne est cousine de la nôtre, comme on le dirait d'une langue indo-européenne par rapport à une autre. Sous un certain angle de vue, la similitude redevient frappante et cet angle se situe au niveau d'un certain langage bien plus qu'au niveau d'expériences et d'applications qui se recouvriraient. Ce qui confirme le jugement de Bouché Leclercq ce que nous pensons, nous - mêmes de l'Astrologie, à savoir qu'elle est d'abord un discours et une géométrie avant d'être un véritable empirisme.
Cette astrologie de l'Inde -plus nettement que l'astrologie chinoise- est probablement d'origine "chaldéenne", mésopotamienne, et ses caractéristiques ne se sont consolidées par la suite qu'en raison du milieu dans lequel elle s'est implantée, culturellement et scientifiquement.

Seconde colonne

Si on ne conteste plus guère aujourd'hui l'influence de l'astrologie grecque sur certains secteurs de l'astrologie indienne, pas davantage n'est - il douteux qu'un des plus grands astrologues arabes, Al Biruni (dont l'œuvre essentielle pour l'astrologie, le Tafim, est de 1029), ayant voyagé en Inde, rapporta des descriptions détaillées des traits les plus frappants de l'astrologie indienne. Par la suite, au XVIIIe siècle, les études consacrées à l'Inde se multiplièrent et purent provoquer l'essor de nouvelles idées au sein de l'astrologie occidentale.
Nous étudierons successivement l'influence de l'astrologie grecque sur le développement de l'astrologie indienne puis l'impact de la dite astrologie indienne sur l'astrologie d'obédience ptoléméenne Le Brihat Jataka (Le Grand Traité de l'Astrologie) de Varahamihira.

Place du Brihat Jataka
Le Grand Traité des Nativités (ndlr : jâtaka signifie "né, engendré") date du VIe siècle de notre ère, son auteur Varahamihira ayant vécu approximativement entre 505 et 587 après J.C. Cette œuvre se présente sous la forme de stances qui sont des suites d'aphorismes, à la façon du Centiloque pseudo-ptoléméen. Le Brihat Jataka n'est pas une œuvre de vulgarisation à la manière des manuels modernes d'astrologie hindoue qui s'efforcent d'élaguer tout ce qui pourrait choquer le lecteur occidental. C'est bel et bien un échantillon particulièrement pittoresque d'une astrologie en quête d'absolu qui prétend faire pénétrer dans ses filets la totalité des phénomènes et des événements selon une cohérence analogique qui nous parvient ici à l'état pur et dont les traités plus tardifs ne sont finalement que les pâles reflets.
Vie de Varaha Mihira
Voilà ce qu'écrit R. Billard de notre
Troisième colonne

auteur :
"Outre l'ouvrage astronomique, le Pancasiddhântika, (ndlr. Siddahânta : théorie. Désigne le calcul du temps et de l'espace) il est l'auteur célèbre d'ouvrages astrologiques qui n'ont cessé de faire autorité: la Brihatsamhita, la Brihatajataka, le Khagujataka et le Yogayotra."
"Il mentionne qu'originaire d'un bourg appelé Koppithaka, il fut instruit en astronomie et en astrologie par son père nommé Adityadasa et résidait dans l'Avanti ou région d'Ujjayin, du moins lorsqu'il écrivit la Brihatjataka."
"Surtout ; Varaha Mihira est de la religion solaire. Au point que cet auteur présente un nom qui comporte le nom iranien du soleil, Mihira (vieux perse : Mithra) (ndlr Mihira signifie soleil en sanskrit) , fait tout à fait insolite dans la librairie sanskrite.
"En tête de ses ouvrages, il invoque le soleil et le nom de son père doit être traduit : Adityadasa «serviteur du soleil»."
"On sait que le culte solaire était prospère en Inde en ces siècles. Rappelons que justement à la fin du VIe siècle, le roi Prabhakaravardhana, père de Harsa, est un dévot du soleil, adityabhakta, et signalons que son astrologue est lui - même un bhojaka, c'est à dire un officiant de danse du soleil".

Ce que l'on connaît de la vie -voire de l'œuvre- de Varaha Mihira- est dû au zèle de son commentateur Bhattotpala. Neugebauer et David Pingree, deux historiens qui ont fait beaucoup pour l'édition des textes astrologiques anciens, cernent avec une certaine précision les dates de sa vie.
Sa date (de naissance) est délimitée de par l'usage qu'il fait de l'époque de Latadeva -420e de l'ère de Saka-, qui correspond à 505, dans son Pancasiddhantika et que Brahmagupta connaissait son œuvre quand il rédigea
Page suivante